Jeudi 19 novembre 2009
"Le Barbare n'est pas seulement le fait des éléments neufs qui aspirent à bouleverser à leur profit l'Histoire ; elle est aussi celui des sociétés agonisantes qui s'apprêtent à recevoir le coup mortel." (Daniel-Rops)
Par Christocentrix - Publié dans : Signes des Temps
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Jeudi 19 novembre 2009


"Comme un glas étouffé aux clochers de l'Histoire, la phrase célèbre du poète fait écho aux dépêches d'agence qui nous parviennent des conférences internationales. « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Paul Valéry l'écrivit dans une de ces intuitions fulgurantes dont son oeuvre s'émaille, au lendemain de « l'autre guerre », de cette guerre que nos pères avaient faite dans l'espoir de fonder une paix éternelle et qui, plus humblement, ne nous apparaît plus que comme flanquée du numéro 1 dans la liste des conflits mondiaux dont le XXème siècle entier retentira sans doute. Le seul gain réel que nous ait apporté le quart de siècle écoulé depuis lors est de nous faire apparaître l'assertion du poète comme l'expression d'une évidence.
Maintenant, par nos fibres secrètes, par nos entrailles, nous le savons bien que nous appartenons à une civilisation mortelle !


Considérons l'Histoire ; il est trop évident qu'elle est un cimetière de civilisations. Ce que l'intuition poétique du divin Platon avait perçu à travers le mythe de l'Atlantide, nous le confirmons de nos jours. Il n'y a guère de jours où la science archéologique ne fasse ressurgir des couches de terre et des amas des siècles, les traces de sociétés disparues. C'est là un des phénomènes les plus extraordinaires, les moins admissibles pour l'intelligence et la sensibilité humaines, que la totale, la radicale disparition de sociétés qui furent grandes, de puissances qui furent redoutables et dont, pendant des millénaires, la trace a pu demeurer perdue.

Ainsi la Crète du Roi Minos n'était-elle qu'un nom, le support de quelques légendes grecques d'ailleurs contradictoires, l'horrible Minotaure, l'excellent Minos, juge des Enfers, jusqu'au jour où, il y a un demi-siècle, Evans découvrit les somptueux débris de ce qui avait été la plus exquise des civilisations. Et pourtant, comme elle avait été prospère, la société crétoise des belles années antérieures au XXIIème siècle avant notre ère ! Comme elle avait été fière de ses palais, de son confort, de son chauffage central, de ses joailleries et du chic « parisien » de ses femmes ! Le choc brutal de l'invasion aryenne... Et ce fut, pour trois millénaires, l'obscurité.

Ainsi encore, en Asie Mineure, l'étrange royaume du Hattou, des Hittites dont parlait, -de ci de là, un verset de la Bible, et qui, pour nos pères, n'était rien de plus qu'un mot. Mille ans durant, ou presque, les rois hittites pourtant avaient dominé un pays grand comme cinq fois la France, atteint sous leur Louis XIV - qui se nommait Souppilouliouma - à un niveau d'art remarquable, tenu tête à l'Egypte de Ramsès II. Et d'eux, néanmoins, il n'était rien resté que ces brèves allusions de la Genèse et du Livre des Rois, jusqu'à ce qu'en 1915, le professeur tchèque Hrozny eût réussi à lire les 2.500 tablettes trouvées dix ans plus tôt à Boghaz-Keui, en Turquie et eût fait revenir à l'histoire ces disparus. Ainsi enfin, - mais bien d'autres exemples pourraient être cités, - à l'autre bout du monde, perdu au milieu du Pacifique, cette civilisation de Polynésie, cet empire liquide vaste comme toutes les Russies, dont on ne soupçonne le prodigieux développement que par les très énigmatiques statues trouvées dans l'île de Pâques, mais dont on ne sait à peu près rien. Et son voisin l'empire, - maritime également - des Carolines, dont l'île de Ponape, Venise des antipodes, est peut-être la capitale déchue, mais où des palais en blocs cyclopéens évoquent encore une splendeur passée... Tout cela et bien d'autres, rien de plus que des cadavres, les cadavres des défuntes civilisations.

 

Alors, nous nous demandons : que signifierait pour nous, civilisation des hommes blancs du XXème siècle, un destin semblable ? La mort de notre civilisation est-elle concevable ? L'esprit répugne à l'envisager presque autant que notre mort personnelle, et il sait se trouver des raisons pour n'y point croire. Cette organisation que nous avons créée, cette domination que nous avons imposée à la matière, ne sont-ce pas là des garants ? Encore même un cataclysme arriverait-il à détruire une partie de ces formes de vie sur un point du globe, qu'elles resteraient ailleurs. Ce « monde fini » dont parle Valéry, n'est-il pas devenu, par sa vastitude même, un monde indestructible ?

Faut-il le dire ? Cela n'est pas d'une vérité incontestable. Dans toute société, deux élément se lient : l'un relève de la culture, l'autre de la civilisation. Le premier correspond à un certain degré d'organisation matérielle et de contrôle sur la nature ; l'autre ressortit à un certain perfectionnement intérieur, à un ensemble de données morales et spirituelles.

La culture de la civilisation blanche occidentale est-elle, en soi, indestructible ? Cela n'est pas entièrement vrai. Sans doute tous les peuples de la terre ont-ils désormais appris l'usage de l'avion, de l'automobile et de toutes les techniques, et même si tous les blancs venaient à disparaître, de telles acquisitions auraient des chances de survivre. Mais serait-ce là ce que nous entendons quand nous rêvons d'une durée infinie de notre civilisation ? Et, au surplus, est-il au delà de toute hypothèse que les moyens de destruction devenant pratiquement illimités, la société blanche finisse par se détruire elle-même, soit par la bombe atomique, ou telle invention pire, soit par la déchéance complète, la paralysie générale d'un organisme épuisé par des siècles de guerres ?

Et quant aux valeurs véritables de civilisation, n'est-il pas certain - l'expérience actuelle nous le prouve - que des crises plusieurs fois répétées peuvent très bien aboutir à en ruiner les bases les plus profondes, à rejeter l'humanité blanche vers une barbarie morale et intellectuelle, dont la férocité générale et la baisse de l'esprit seraient les signes éclatants ?

Il faut nous en convaincre. Le destin qui fut celui d'Assour et de Babylone, de l'Egypte pharaonique, de Rome et de tant d'autres « civilisations », nous pouvons parfaitement le connaître. Il est là, droit devant nous.


Et c'est ici que, sans tomber dans le pessimisme catastrophique et en demeurant sur le seul plan des considérations d'histoire, on peut se demander s'il n'y a pas des lois profondes qui, régissant les sociétés humaines, les mènent aussi inéluctablement à la mort que les individus. Certains l'ont pensé, et ont appuyé cette thèse d'arguments qui ne sont pas sans poids. Le plus solide a été sans doute Oswald Spengler, dont le Déclin de l'Occident est apparu, il y a quelque vingt-cinq ans, comme la plus minutieuse - et la plus cruelle - des prophéties. A le relire aujourd'hui, un tel ouvrage, en dépit d'intentions nationalistes allemandes passablement suspectes, ne laisse pas d'impressionner.

Serait-il vrai que chaque forme de civilisation eût, biologiquement, son temps mesuré ? Un millénaire, en gros, déclare Spengler. La prophétie prêterait à discussions chiffrées, mais ce qui paraît beaucoup plus solide, c'est l'évolution que l'auteur germanique considère, la courbe qu'il trace pour chacune des sociétés qu'il analyse : Inde, Antiquité classique, Arabie, Occident. Dans l'histoire de chacune d'elles, il montre quatre stades correspondant à quatre âges, à quatre saisons.
Dans un Printemps, chaque société humaine verrait s'éveiller une âme spontanée, intuitive et se réaliser des richesses « suprapersonnelles » de foi et d'enthousiasme : c'est l'époque de la cathédrale et de la croisade chez nous, des Védas dans l'Inde, des grands mythes et de l'orphisme en Grèce.
Puis, au cours d'un Eté, se produit la « maturation de la conscience intérieure », la naissance de l'esprit critique : c'est la plénitude des Upanishads, des Pythagoriciens, chez nous de Pascal et de Descartes, du grand siècle.
L'Automne verrait peu à peu l'Intellect pur prendre le pas sur les forces vitales et la puissance créatrice fléchir.
Enfin, l'Hiver serait pour les sociétés - recopions mot à mot ses formules prophétiques - « le temps des civilisations cosmopolites » où « s'éteint la force créatrice de l'âme », où
« la vie même devient un problème », où « la masse irreligieuse ne connaît plus que les choses pratiques », où, comme dirait Nietzsche, "Dieu est mort".

 

Une telle vue laisse à rêver. Ainsi donc, serait-ce par le jeu de forces intérieures que les sociétés iraient à la mort ? La loi biologique, plus forte que les volontés humaines, les condamnerait-elle à disparaître, leur temps accompli ? Et les événements extérieurs qui, dans l'Histoire, semblent déterminants, - invasions barbares ou bombardements atomiques, - seraient-ils, en définitive, aussi épisodiques et déterminés que le sont, pour chacun de nous, les causes hasardeuses, - accident ou maladie, - qui nous mènent tous à une inéluctable fin ? Si l'on songe à ce que représente vraiment le drame de notre monde, à cette immense somme de trahisons dont l'homme moderne s'est, envers lui-même, rendu coupable, une telle hypothèse ne paraît pas du tout inacceptable et la loi de biologie historique rejoint, au fond de notre conscience, un sentiment de désespoir et de dégoût de vivre que nous connaissons bien".

                                                                    DANIEL-ROPS (Chants pour les abîmes, 1949)


                                                                                              
Par Christocentrix - Publié dans : mystère de l'Histoire
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Mercredi 18 novembre 2009

écrit par Daniel-Rops en 1949.

L'Histoire est-elle vraiment ce dangereux produit de la chimie de l'intelligence qu'a dénoncé Paul Valéry ? On se résoudrait à le croire en voyant l'obstination avec laquelle les peuples s'accrochent à des positions politiques que ne justifient plus leurs intérêts, que la nette vision de l'avenir devrait leur faire abandonner d'urgence, mais qu'étayent seulement leurs plus secrètes passions. Pourtant, avouons-le, ce qui frappe l'historien, bien plus que la malfaisance des héritages historiques, c'est la stérilité des exemples. Il est bien vrai que, selon l'axiome biblique, « parce que les pères ont avalé du verjus, les dents des fils en sont agacées ». Il est vrai encore davantage que l'expérience des aînés n'apprend rien à leurs successeurs sur la Terre et que, dans la courbe des destinées humaines, les civilisations, l'une après l'autre, refont les mêmes erreurs et courent au même abîme.


L'histoire grecque offre à nos méditations, un champ d'observations, dont l'actualité est sans doute plus grande qu'un vain peuple ne le penserait. Et surtout cette Grèce admirable du Vème siècle avant notre ère, d'où nous sont venues quelques-unes des bases de notre civilisation. Cette Grèce heureuse et fière où Eschyle, Sophocle et Euripide donnent à l'art dramatique ses premiers chefs-d'oeuvre, où Périclès administre Athènes dans la sagesse, où sur la colline sainte de l'Acropole se dresse la petite cage fauve où l'on pense avoir enfermé la Raison vigilante, le Parthénon, aux colonnes parfaites.

En ce temps, le monde hellénique vient d'échapper, au péril des Barbares. Deux fois de suite, la menace perse a été écartée, miraculeusement. Marathon, Salamine, deux noms de victoire, semblent assurer aux hommes d'Europe des lendemains de bonheur pacifique. Et cependant, au sein de cette Grèce florissante, le germe existe et prolifère qui la tuera...

C'est la division de ses petits pays, leur insurmontable jalousie, leur incapacité à voir plus loin que leurs rivalités mesquines. A peine ont-elles réussi à s'entendre lorsque le Perse frappait à leur porte de son poing menaçant. Chacune a ses torts à la mesure de ses responsabilités. Athènes qui représente tout ensemble une grande puissance et une grande pensée, n'a pas compris que le seul fondement de la paix est la justice... On l'accuse de trop exploiter sa victoire en vue de ses intérêts impérialistes. Ses anciens alliés de la Ligue de Délos lui en veulent, comme la jalouse Corinthe, sa concurrente maritime, comme la hait Sparte, sa rivale en puissance sur la terre. Vingt-huit ans après la victoire de Salamine, une guerre nouvelle éclate : la race la plus civilisée du monde va s'entretuer.


Cette guerre sera atroce. Les combattants useront de leurs moyens jusqu'à l'extrême. Tout sera bon pour annihiler l'ennemi. Athènes, aux mains des démagogues, dont Alcibiade est le plus notoire, s'engage dans les aventures les plus folles. Sparte, dans sa volonté de vaincre, s'alliera aux pires ennemis du nom grec, les Perses. Aux raisons nationales de haine s'ajoutent des motifs idéologiques qui rendent pire encore l'affrontement. A l'intérieur des nations, les doctrines opposent cruellement les partis. A Sparte même, tenus par les Aristocrates, il y a des adversaires du régime au sein du peuple, comme, dans Athènes démocrate, les tenants de l'autoritarisme souhaitent la défaite de leur propre pays. Ce n'est plus seulement l'équilibre politique des cités qui est en jeu, mais leur armature interne. Aussi la guerre prend-elle un caractère inexpiable. La Grèce entière se dénonce elle-même partie contre partie, comme traître et infidèle...


Mais qui voit le vrai sens de ce drame, l'épuisement terrible de la race grecque, cette fatalité de destruction qui hypnotise le plus intelligent des peuples ? Qui pense aux dangers de l'avenir ? aux races ignorées et demain redou
tables ? Qui songe que tous ces Grecs qui meurent, Athéniens dans les carrières de Syracuse, Spartiates sur l'îlot de Sphactérie, demain la Grèce entière les regrettera avec des larmes de sang ? Quand après soixante-dix ans, la dernière bataille se livrera, il ne restera plus, sur la péninsule enténébrée, que des moribonds pleurant sur des ruines. La mort d'Epaminondas, sur les champs de Mantinée, aura valeur de signe : « le dernier des Grecs », dira-t-on. Et tant de sang aura coulé pour rien.

Alors du Nord lointain où ses montagnes lui auront permis de conserver intactes ses forces, un peuple surgira, barbare encore, mais puissant. Ses chefs se mettront à l'école de la Grèce juste assez pour lui dérober ses méthodes, Philippe, Alexandre... Ce que les cités helléniques n'auront pas voulu faire de gré, le Macédonien l'accomplira de force. Il y aura une unité grecque à l'heure précise où, en réalité, il n'y aura plus de Grèce du tout.


Je ne sais si les Représentants des Nations qui, en maintes conférences, décident de nos destins, ont parfois présents à l'esprit, cette terrible leçon de l'Histoire. Je souhaiterais que quelqu'un la rappelât très haut. Ils avaient d'excellentes raisons, ces Athéniens, ces Spartiates pour se haïr opiniâtrement et se combattre. Il n'empêche que si nous considérons, dans le recul du temps, leur destin à tous, le seul mot adéquat qui vienne à nos lèvres est celui de suicide collectif.
Et nous nous demandons s'il ne convient pas de dédier ces pages à l'historien futur, jaune ou nègre sans doute, qui, dans quelques millénaires, considérant un autre épisode de l'éternelle Histoire, écrira à son tour, avec commisération et tristesse : « Aux environs de l'an 2000, les Européens d'Occident, collectivement, se sont suicidés...»

                                                                                    DANIEL-ROPS.(1949)

Par Christocentrix - Publié dans : Mémoire et Identité
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Mardi 17 novembre 2009

Ce roman évoque les derniers moments de la principauté d'Orsenna , avant sa destruction par le Farghestan, l'adversaire de toujours.... Aldo, un jeune aristocrate de la principauté d'Orsenna souhaite quitter cette ville moribonde. Il demande et obtient un poste d'observateur dans une garnison lointaine. Il se retrouve dans la province éloignée et côtière des Syrtes. La mission, à laquelle le destinent son origine aristocratique et son éducation, consiste en la surveillance du rivage des Syrtes. De l'autre côté de la mer se trouve le Farghestan, un pays dont la principauté d'Orsenna est en guerre depuis trois siècles. Du rivage, Aldo aperçoit presque la capitale du Farghestan , le port de Rhages.... Depuis longtemps , les hostilités se sont enlisées dans une sorte de trêve tacite. Aldo personnifie cette attente. Sa vie de garnison se déroule lentement, dans une atmosphère pesante... Il passe ses journées à rêver ou à monter à cheval. Mais rien n'arrive jamais. Son regard reste braqué sur le rivage adverse. Tout distille l'ennui et la solitude. Pour tenter d'échapper à cet ennui, Aldo consulte les cartes, ce qui semble effrayer les autres officiers. Ils craignent que toute initiative puisse rompre cette trêve incertaine.... Au cours d'une sortie en mer, Aldo s'approche trop près des côtes du Farghestan. Il va franchir la ligne fatidique et provoquer ainsi la rupture du cessez-le-feu tacite et la reprise des hostilités. En cédant à ce désir, Aldo choisit inconsciemment le cataclysme plutôt que la lente asphyxie. Il perce ainsi l'abcès qui immobilise la principauté. « Orsenna accèlère son destin et se saborde pour échapper à son destin ».


"Ce que j'ai cherché à faire, (explique Julien Gracq) entre autres choses, dans Le Rivage cles Syrtes, plutôt qu'à raconter une histoire intemporelle, c'est à libérer par distillation un élément volatil "l'esprit-de-l'Histoire", au sens où on parle d'esprit-devin, et à le raffiner suffisamment pour qu'il pût s'enflammer au contact de l'imagination. Il y a dans l'Histoire un sortilège embusqué, un élément qui, quoique mêlé à une masse considérable d'excipient inerte, a la vertu de griser. Il n'est pas question, bien sûr, de l'isoler de son support. Mais les tableaux et les récits du passé en recèlent une teneur extrêmement inégale, et, tout comme on concentre certains minerais, il n'est pas interdit à la fiction de parvenir à l'augmenter.
Quand l'Histoire bande ses ressorts, comme elle fit, pratiquement sans un moment de répit, de 1929 à 1939, elle dispose sur l'ouïe intérieure de la même agressivité monitrice qu'a sur l'oreille, au bord de la mer, la marée montante dont je distingue si bien la nuit à Sion, du fond de mon lit, et en l'absence de toute notion d'heure, la rumeur spécifique d'alarme, pareille au léger bourdonnement de la fièvre qui s'installe. L'anglais dit qu'elle est alors on the move. C'est cette remise en route de l'Histoire, aussi imperceptible, aussi saisissante dans ses commencements que le premier tressaillement d'une coque qui glisse à la mer, qui m'occupait l'esprit quand j'ai projeté le livre. J'aurais voulu qu'il ait la majesté paresseuse du premier grondement lointain de l'orage, qui n'a aucun besoin de hausser le ton pour s'imposer, préparé qu' il est par une longue torpeur imperçue." (Julien Gracq, En lisant, en écrivant, p.216)


Tout a déjà été dit à propos du chef-d’œuvre de Gracq. Porté aux nues par certains, violemment décrié par d’autres, ce roman qui fut joliment qualifié par Antoine Blondin « d’imprécis d’histoire et de géographie à l’usage des civilisations rêveuses » se situe dans la droite ligne de ses deux premiers opus, « Au château d’Argol » et « Un beau ténébreux ». La fascination qu’il provoque chez d’innombrables lecteurs depuis sa publication en 1951 trouve difficilement une explication satisfaisante. Mais comment résister à la tension et à la densité qui habitent chacune des pages de ce livre au déroulement envoûtant ? Comment ne pas céder aux charmes de l’évocation de cette civilisation en quête de la grâce ultime de son propre effondrement ? Comment ne pas goûter le drapé précieux et aérien de cette langue classique, musicale et éminemment charnelle ?


Ce roman est par ailleurs souvent comparé au Désert des Tartares de Dino Buzzati dont la traduction française a été publiée quelques temps auparavant mais Julien Gracq réfutera le fait qu'il ait pu être influencé par le roman de l'écrivain italien, et évoquera comme source d'inspiration La Fille du capitaine de Pouchkine. Par contre la lecture de Sur les Falaises de Marbre de Ernst Jünger aura un profond retentissement : il racontera dans Préférences (« Symbolique d'Ernst Jünger », 1959) quel bouleversement a été pour lui la découverte de ce « livre emblématique ». Les deux hommes se rencontreront à Paris en 1952, et deviendront amis.

extrait de la Revue de presse provenant du site des Editions Corti :


«Avec Le Rivage des Syrtes Julien Gracq a écrit un imprécis d'histoire et de géographie à l'usage des civilisations rêveuses. Ce récit ajoute aux prestiges d'un pays de légende, ceux d'une leçon d'histoire, non moins inventée. Dans une époque comme la nôtre, où les événements, leurs causes, leur enchaînement, leur répétition sont, non sans quelques raisons d'ailleurs, considérés avec une ferveur déférente, l'Histoire est un domaine tabou. Avec une désinvolture audacieuse, M. Gracq en a décidé autrement. Il étonnera plus d'un esprit curieux ; il choquera les plus objectifs.» (Antoine Blondin, Rivarol, 6 décembre 1951)


« Il se passe ici quelque chose de bizarre. Alors qu'on n'a pas cru un instant à la réalité de l'histoire, ni à l'existence des personnages, on souhaite la catastrophe, mieux, on est convaincu de sa nécessité. Oui que soit détruite Orsenna, envahie Maremma, prise la forteresse, que les nomades du désert se répandent dans les rues dallées, dans les hautains palais moisis, que les habitants soient renfoncés en terre. Leur sauvegarde est bien là, leur rachat si l'on préfère. Pourquoi ? Ah! c'est plus difficile. On ne voit qu'une raison : dans l'univers de Julien Gracq, les pierres sont plus vraies, plus justes, plus vivantes que les hommes. " Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres : rejoindre l'univers minéral, c'est accéder à l'éternel. [...] "
C'est un paysage de fin du monde, les pierres y sont les ossements de la terre, l'homme ne peut souhaiter que se coucher sur elle, se mêler en elle aux immenses strates des siècles. La terre est rendue à son destin de planète les hommes tremblent sans le savoir du besoin de se fondre en elle l'aveugle à l'obscur. Voilà ce que sans jamais le dire explicitement, laisse entendre Julien Gracq. Si soigneusement qu'elle soit voilée, il y a dans le Rivage des Syrtes, plus encore que dans ses premiers romans, une grandeur insidieuse et sauvage. Où il a passé, l'herbe non plus ne repousse pas. » (Dominique Aury, Combat, 6 décembre 1951).


Sur Julien Gracq (Bio-bibliographie) :
http://www.jose-corti.fr/auteursfrancais/gracq.html

Par Christocentrix - Publié dans : Littérature & Poésie
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Mardi 17 novembre 2009

 

L'AMITIE SPIRITUELLE (Aelred de RIEVAULX).


 

Ce traité, "De spirituali amicitia" (l'amitié spirituelle) de Aelred de Rievaulx, auteur monastique de la famille de St Bernard, s’offre à nos cœurs tant par la douceur qu'il y a à en savourer la hauteur de vue que la poésie.

Le bref prologue du traité est écrit avec une simplicité désarmante qui permet au lecteur de le suivre et d'en goûter le charme dès les premiers instants de la lecture. Aelred nous invite à entrer dans l'intimité de ses jeunes années et à partager avec lui les expériences d'où devaient naître ses réflexions et ses écrits sur l'amitié. Il nous fait là des confidences, qu'il doit avoir livrées à plus d'un ami, car le lecteur est averti du privilège qui lui est ainsi donné dès la première phrase : "je n'étais alors qu'un écolier". Combien d'écrivains de cette période ont-ils un incipit aussi émouvant que celui-ci ? peu, il faut le dire. Et combien ont-ils présenté les troubles émotionnels de l'adolescence avec une sincérité et une bienveillance aussi grandes? Combien d'auteurs ayant écrit sur le sujet de l'amitié ont-ils su composer leur ouverture avec un art aussi maîtrisé ?
La tonalité nettement augustinienne de l'oeuvre est perceptible dès le début : quelle que soit la dette qu'il montrera envers Cicéron dans la suite de l'ouvrage, ses premiers accents ont la franchise vibrante de l'expérience vécue de l'auteur des Confessions.
Ensuite, ce prologue est un des rares auto-portraits que nous a laissé le Moyen-Age. Nous devons en être reconnaissants à son auteur, car ce cours texte nous montre, en termes simples, bien choisis et colorés, comment il voyait retrospectivement le cours que son adolescence et sa jeunesse avaient suivi. C'est un morceau littéraire chaleureux, personnel, direct et dépourvu de toute fade sentimentalité, écrit dans le style d'un homme habitué à montrer sa nature intérieure sans affectation, fausse modestie ou indulgence envers lui-même. Et c'est aussi un morceau parfaitement adapté à son but, qui est d'introduire Aelred lui-même (sans se nommer) comme l'auteur des trois dialogues avec des frêres conventuels et comme la voix principale dans les discussions concernant la nature de l'
amicitia spiritualis.

..."Je n'étais encore qu'un écolier ; déjà la gentillesse de mes camarades exerçait sur moi un charme puissant ; entrainé par l'exemple et les inclinations vicieuses - dangers de cet âge, - mon coeur s'abandonna tout entier à ses affections et se consacra à l'amour ; rien de plus doux, de plus suave, de plus profitable me semblait-il, qu'être aimé et aimer. Flottant au gré des amours et des liaisons amicales, mon âme était ballottée çà et là ; dans son ignorance de la loi de la véritable amitié, elle se laissait souvent prendre à ses apparences. Enfin me tomba un jour entre les mains ce beau livre qu'écrivit Cicéron sur l'amitié ; à peine ouvert, il m'apparut aussi interessant par la profondeur des idées que par les agréments du style. sans doùte, je ne me sentais pas capable de réaliser l'idéal qu'il proposait ; mais je me félicitais néanmoins d'avoir trouvé une espèce de formule d'amitié où ramener les détours de mes amours et de mes affections...."


Le prologue nous laisse entendre que les idées du De amicitia de Cicéron vont jouer dans le dialogue un rôle grosso modo comparable à l'inspiration qu'Aelred lui-même y trouva dans sa jeunesse (aucun auteur médiéval n'a jamais indiqué sa source avec autant de délicatesse). En même temps, il suggère que l'amicitia dont l'essence et les avantages vont être développés dans les pages qui suivent sera différente de l'idéal païen, tout autant que la façon de vivre d'Aelred dans le cloître diffère de la vie qu'il menait dans le monde quand il n'était encore qu'un courtisan du roi. Bref, le prologue annonce tout à la fois une manière chrétienne de cultiver l'amitié, une transformation de l'idéal ancien de cette vertu, et une réponse au défi lancé à l'universalité de la vérité et des valeurs chrétiennes. En d'autres termes, nous avons là comme la proclamation d'un humaniste chrétien, affirmant que tout ce qui est humainement noble survivra dans l'économie de la grâce et recevra là une forme lumineuse que la raison et l'affection naturelle ne sauraient jamais lui apporter à elles seules.

La présence vivante de Saint Augustin dans le prologue devrait suffire à orienter le lecteur vers la véritable intention d'Aelred, qui était, nous semble-t-il, de composer le traité systématique de l'amitié chrétienne que les Pères avaient omis de produire (malgré la richesse et la fréquence de leurs références à ce sujet dans leurs sermons, lettres et conférences), mais qu'Augustin avait ébauché en posant le principe directeur de l'établissement de la véritable amitié entre les âmes : "Car l'amitié n'est point vraie si vous ne la liez vous-même entre ceux qui s'attachent à vous par l'agapé, que répand dans nos coeurs l'Esprit qui nous est donné " (Confessions, IV, IV, 7). Aelred trouva donc son inspiration chez l'évêque d'Hippone et intégra les principaux éléments de l'amitié classique dans un horizon augustinien. L'Ecriture lui procura les fondations, Cicéron, les matériaux, et Augustin, le style architectural ; mais c'est lui-même qui en réalisa le plan et la construction, et qui doit donc être crédité de l'un comme de l'autre. Ce prologue est donc l'histoire, racontée avec un art consommé, des premières étapes du pèlerinage que fut sa vie. Ce pèlerinage commence au stade irréfléchi, insouciant, "esthétique" de l'enfance et de l'adolescence, quand la beauté et son charme dominaient encore en lui. Aelred présente sa conversion à un idéal moral, comme un changement de niveau, un développement en termes de vie intérieure et de maîtrise de soi. Cependant, le sursaut de foi qui le hissa au niveau spirituel, lui fit regarder ces niveaux d'existence antérieurs et inférieurs dans une nouvelle perspective, tout en lui procurant - ce qui n'était pas moins important - une plénitude de vie dans laquelle l'amour de la beauté et du bien n'était pas perdu, mais au contraire intensifié et abondamment satisfait. Bien qu'Aelred ne connût guère Platon, on ne saurait s'empêcher de songer ici au Banquet du philosophe athénien et, particulièrement au discours de Socrate, où celui-ci vante pareillement la supériorité incomparable de l'amour intellectuel et spirituel des belles âmes et du Beau en soi sur l'amour charnel des beaux corps.

Le traité comprend trois livres. Dans le premier, Aelred dégage, après l'avoir analysée, la notion d'amitié. A la recherche d'une définition, il commence par examiner celle de Cicéron puis dans le second, il entreprend d'expliquer la nature de l'amitié en distinguant la vraie de ses contrefaçons et sa liaison avec la Sagesse. Enfin, il montre que l'amitié est susceptible de devenir pour nous une montée vers la perfection. Dans le troisième livre, il établit les quatre stades par lesquels doit passer toute amitié digne de ce nom : l'élection, la probation, l'admission et la fruition. Un chapitre est consacré aux cinq dissolvants de l'amitié : l'insulte, l'outrage, l'arrogance, la divulgation d'un secret confié, le coup de traitrise. Enfin, La sublimité de l'amitié spirituelle trouve son achèvement dans la félicité.

 

                  (Le traité est disponible aux éditions de l'Abbaye de Bellefontaine) 

Par Christocentrix - Publié dans : Philia & Eros
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Lundi 16 novembre 2009

"L'ordre par le désordre", tel est selon la démonstration lumineuse d'Eric Werner, le moyen choisi par le pouvoir pour n'apparaître aux yeux des populations déstabilisées, anesthésiées, que comme le seul repère immuable.

La démonstration se double d'ailleurs de développements d'une grande érudition sur des questions politiques et stratégiques. Sur un sujet aussi sensible, l'auteur n'a voulu laisser échapper aucun aspect de la grande crise et, pêle-mêle, les phénomènes démographiques, d'insécurité, de désinformation, d'inversion des valeurs, d'invasion de populations musulmanes extra-européennes, etc., sont abordés pour nourrir la réflexion du lecteur et indiquer qu'ils confirment l'analyse de l'ouvrage. Comme l'écrit Eric Werner, "le pouvoir encourage le désordre, le subventionne même, mais ne le subventionne pas pour lui-même, mais pour l'ordre dont il est le fondement, au maintien duquel il concourt. Désordre politique mais aussi moral, social, culturel [...]. Autant que possible, le pouvoir s'emploie à brouiller les cartes, à priver les individus de leurs repères coutumiers. L'objectif est de les rendre étrangers à leur propre environnement. La réalité les fuit, leurs sens sont anesthésiés. Ils igorent d'où ils viennent et où ils vont, ne savent même pas bien souvent de quoi l'on parle. Parfois aussi c'est l'émeute, les casseurs entrent en scène, mais là encore, qu'y faire?  Sus à l'obcession sécuritaire. Un même mouvement entraîne ainsi toute chose, seul le pouvoir échappe à l'universelle dissolution. L'individu se raccroche donc à lui comme à une bouée miraculeuse. C'est son son seul recours, l'unique point fixe émergeant encore dans la tourmente.
L'ordre se défait, tout est d'ailleurs mis en oeuvre pour qu'il se défasse, mais le désarroi même qui en résulte débouche paradoxalement dans une re-légitimation du pouvoir"...

Un chapitre très instructif sur le jeu de "pompiers-pyromanes" auquel  se livre "nos" dirigeants....
                                       l'Avant-guerre civile (Eric Werner). éditions l'Age d'Homme.

La carence de l'Etat s'agissant d'assurer la sécurité de nos enfants (même pas dans les écoles), le développement continu de zones de "non-droit", ou les récentes émeutes qui se sont déroulées en France ces derniers jours en sont la parfaite illustration :
pour les détails et les vidéos...via
 http://club-acacia.over-blog.com/  ou http://www.fdesouche.com/articles/74027

Je suis bien obligé de conclure qu'il faudra un jour que les pères tranquilles et plutôt citoyens discrets et pacifiques dont je suis (et qui s'intéressent d'ordinaire à tout autre chose), excédés, devront sans doute se substituer aux pouvoirs publics "défaillants" (mais surtout démissionnaires ou bien planqués...eux) pour faire le ménage et ne plus laisser entendre à toute cette racaille que l'impunité est acquise. Le ménage est à commencer d'abord dans toute cette classe politique parasite....qui est à dégueuler.

Une image "d'épinal" me reste de mon enfance : le grand Férré, entouré de ses fils, la cognée à la main... Je rêve donc d'une levée en masse de "grands Férrés" bien de chez nous... (mais je sais ... ce n'est qu'un rêve...). 
Comptons plutôt sur les "pompiers-pyromanes" qui ne "contrôleront" peut-être pas le jeu indéfiniment et seront, un jour ou l'autre, dépassés par les évènements. Dans cette situation défensive et de responsabilité vis à vis des siens et face à des barbares :  ne compter que sur soi, ses proches et quelques amis. Sa tribu quoi ! son clan ! Et bien-sûr son dieu.
C'est du repli identitaire ? et alors !  S'il faut en passer par là... pas d'état d'âme. Rien à foutre du politiquement correct. Et encore moins du religieusement correct !


Le Grand Ferré, au seuil de sa chaumière, la cognée à la main.... ou "la mise en oeuvre de la citoyenneté"...comme ils disent !

Par Christocentrix - Publié dans : Résistance & dissidence
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Lundi 16 novembre 2009

 Athènes, de nos jours. Nausicaa, une dame de quatre-vingt-neuf ans, demande à un étudiant en philosophie qu'elle héberge d'enquêter sur le mont Athos, cette république monastique » où les femmes ne sont pas admises. Nausicaa songe-t-elle à laisser sa fortune aux moines ? Espère-t-elle retrouver son frère disparu il y a cinquante ans ? Au hasard de lectures et de rencontres singulières, le jeune homme va découvrir une communauté richissime, qui pèse d'un poids considérable sur la vie politique du pays, et dont personne ne prend le risque de contester les privilèges ni de dévoiler les secrets... Vassilis Alexakis nous livre une exploration aussi captivante que troublante, jouant des références érudites avec humour, tissant, au fil des pages, un véritable éloge de la philosophie, une célébration du doute en somme.

           
Vassilis Alexakis.  Ap. J.-C. ( Stock, 2007 puis édition "folio", 2009)



(Ce livre a été récompensé par le Grand Prix du roman de l'Académie française en 2007)


Par Christocentrix - Publié dans : la Grèce me fait mal
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Dimanche 15 novembre 2009
L'ouverture d'un séminaire orthodoxe en France, hier, à donné lieu à divers commentaires : 

http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Message-du-patriarche-Cyrille-a-l-occasion-de-l-inauguration-du-seminaire_a515.html


http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/LA-CROIX-Un-seminaire-orthodoxe-russe-en-terre-francaise_a513.html?com#com_1054651

Rappelons qu'en Mai dernier, les orthodoxes ont aussi inauguré une église à Rome : http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Inauguration-d-une-eglise-orthodoxe-russe-a-Rome-Agence-France-Presse_a221.html

Les différents patriarcats continuent un lent et discret développement dans tous les pays de l'Europe occidentale.
Par Christocentrix - Publié dans : Orthodoxie
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Samedi 14 novembre 2009

L'Ouverture de la Chasse ...

Le visage des temps qui sont nôtres, et dont nous ne sommes déjà plus, visage à jamais mutilé par la mélancolie de la fin d'un monde, est celui de l'interrègne déchirant d'une saison où ce qui était n'est plus et ce qui sera n'est pas encore. Le regret de ce qui n'est plus, la juste et sereine attente de ce qui sera.

Tout cela veut dire que nous sommes absolument seuls.

Seuls, absolument, par rapport à ce passé, seuls absolument, par rapport à un présent qui n'est plus fait que de notre mort, de notre écartèlement, seuls, et misérablement, par rapport aussi à un avenir dont le projet et la décision résolue, comme le dirait Heidegger, viennent ...........

.....l'ouverture de la chasse...
Toute chasse est mystique. Toute chasse est désespérée. Toute chasse est inutile.......

Là où l'aventure historique a échoué, la littérature l'emportera.

Quand rien n'est plus rien, nous sommes quelques-uns, en cet obscur occident du monde, qui pensons que dans l'avènement du rien universel, quelque chose comme un effacement de tous les effacements persiste encore, et que c'est à partir de l'humilité de celui-ci qu'un risque de recommencement peut à nouveau s'annoncer.

Autrement dit, seule reste la littérature. Mais quelle littérature ?

 

extrait de la présentation du "Cahier de l'Herne" consacré à Georges Bernanos, éditions Belfond, 1967.

 

                                                                                     Dominique de Roux...

Par Christocentrix - Publié dans : Signes des Temps
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Samedi 14 novembre 2009
Les anciens lecteurs de ce blog risquent de revoir passer certains vieux articles de ce blog ou de mon ancien blog. La raison est simple : le nombre de mes visiteurs ayant largement augmenté, je  souhaite que ces textes que j'aime ne restent pas enfouis dans des archives que personne ne consulte. Aussi, certains seront réaffichés....(si possible retravaillés ou enrichis, comme je l'ai fait pour l'article sur Psichari)
Par Christocentrix - Publié dans : communiqués
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Samedi 14 novembre 2009

« Je suis content, bien content, que nous nous soyons rencontrés... Je ne pensais pas que nous pourrions être camarades.

- « Et pourquoi ? » demandai-je avec une sincère surprise...

Sa main qui continuait d'étreindre la mienne, comme s'il eût voulu s'attacher à moi, trembla un peu. Ce ton et ce frémissement me bouleversèrent. J'entrevis chez cet être si différent des autres une détresse intime, persistante, inguérissable, analogue à celle d'un orphelin ou d'un infirme. Je balbutiai avec un sourire, affectant de n'avoir pas compris « Mais c'est absurde... pour quelle raison supposais-tu...

-« Parce que je suis juif », interrompit-il nettement et avec un accent si particulier que je ne pus distinguer si l'aveu lui coûtait ou s'il en était fier. "

Par Christocentrix - Publié dans : Philia & Eros
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Samedi 14 novembre 2009

Notre culture distingue et nomme plusieurs façons d'aimer : L'ancienne sagesse des Grecs avait distingué Erôs (désir) et Philia (amitié). L'Evangile ajoute Agapè ( bonté généreuse ou charité).

Brièvement, l'éros désigne l'amour sensible et instinctif ; la philia, l'amour spirituel et personnel (prédilection) ; l'agapè, la participation à l'amour divin. L'homme n'aime complètement que lorsque l'amour d'amitié purifie l'amour de désir, et qu'à son tour celui-ci est assumé dans l'amour divin. Mais les trois degrés restent indispensables ; c'est seulement par leur compénétration que chacun d'eux, à sa manière propre, conduit à la totalité de l'amour. L'amour de désir sans l'amitié, et tous deux sans l'amour de charité, tendent à dégénérer. Inversement, l'amour de charité ne peut se développer sans l'amour de désir et d'amitié. Ils lui préparent le terrain, offrent une matière à son souffle de vie ; l'agapè qui se détache d'eux, ne peut que se dessécher, devenir anémique et froid. L'agapè incluant essentiellement ce qui le précède.

 

L'EROS

C'est Platon qui a étudié l'éros en détail. Il voit dans l'amour sensible et instinctif, qui chez l'homme éclate sous forme de passion et le surprend souvent comme un destin inéluctable. L'éros est attiré par la beauté : il est une inclination irrépressible vers l'union avec ce qui nous attire, et ainsi nous révèle à nous-mêmes, car quelque chose en nous répond à l'appel. Il s'agit d'abord de la beauté sensible, mais, par une puissante dialectique d'ascension, le désir est entraîné au-delà du domaine des sens et de l'instinct. A partir de la beauté sensible, surtout celle du corps humain, il s'élève à la beauté du savoir et de la vertu, aussi bien que de l'âme humaine qui s'y extériorise, jusqu'à ce qu'enfin, au terme de son ascension, éclate le rayonnement du Beau en soi, de la Beauté originelle et éternelle, qui contient toute beauté et qui est la cause première de tout ce qui est beau. La Beauté originelle coïncidant avec la Bonté originelle. Le point de départ de l'amour de désir est dans la perception sensible de la beauté, il appartient d'abord au domaine corporel et visible : l'éclat rayonnant des formes et des couleurs, les figures harmonieusement développées. Tout celà emporte l'éros et procure à l'homme un profond bonheur. Mais comme c'est le Bien qui brille dans le Beau, c'est vers lui qu'en fin de compte tend l'éros.

Chez l'homme l'attirance instinctuelle est l'acte d'une personne spirituelle, informée par une perception qui va au-delà des formes sensibles comme telles. C'est par l'éros que nous sommes attirés et portés à l'admiration par la majesté des montagnes, l'immensité de la mer, la splendeur du ciel étoilé....notre vie serait infiniment plus pauvre sans la sensibilité de l'éros à la beauté.

Mais l'éros s'accomplit tout particilièrement dans la rencontre avec l'homme ; c'est là que la beauté sensible atteint son achèvement. De la forme corporelle de l'homme rayonne une telle beauté que les plus grands artistes de tous les temps n'ont jamais pu l'épuiser. La raison en est que le corps ne se réduit pas à ce qui est animal, il porte l'empreinte de la vie spirituelle qui l'informe. La richesse et la profondeur de l'esprit rayonnent du corps de l'homme. Voilà pourquoi l'homme, plus que tout être, attire l'éros. La diversité des sexes n'entre pas encore en jeu. L'amour sensible et instinctif des hommes entre eux ne coïncide pas avec l'amour sexuel, ou l'amour des deux sexes entre eux.

L'éros est quelque chose de beaucoup plus dominant dans la vie humaine, dont il imprègne la plupart des activités. Quand les hommes tissent un lien profond, l'éros présent, vibrant, les délivre de l'isolement figé et les porte l'un vers l'autre par un courant vivant et vivifiant. Alors naît le vrai dialogue qui dépasse le bavardage vide pour devenir un riche échange mutuel.

Un lien particulièrement profond caractérise l'amitié dont la chaleur enveloppante provient de l'éros. Dans un autre registre mais de façon semblable, la relation entre le maître et le disciple est portée par l'éros, sans lequel il ne saurait y avoir d'étincelle, malgré toute la bonne volonté de l'éducateur. C'est grâce à l'éros qu'un enseignement passe, qu'un discours saisit les auditeurs, qu'un spectacle empoigne les spectateurs, qu'un concert soulève l'enthousiasme. L'éros est également à l'oeuvre dans l'élan créateur de l'artiste : Eros cosmogonique, puissance mystérieuse, voix de la nature, se situant souvent à une grande distance du sexe, dans la soumission de l'artiste à la sévère ascèse des formes. Il vibre même dans la religion, jusque dans ses élévations les plus sublimes, surtout mystiques. Dans le don de soi religieux, il arrive que l'éros glisse jusqu'à l'amour sexuel ; c'est ce qui explique la prostitution sacrée, ou les accents troubles de certains textes mystiques...

 

EROS ET SEXE

L'éros et le sexe ne sont pas la même chose; cependant, ils sont reliés l'un à l'autre par une sorte de proximité intérieure. Ainsi, dans le langage actuel, le mot "érotique", qui vient du mot "eros" mais n'embrasse nullement toute l'étendue de ce dernier, est-il limité au domaine sexuel. Le sexe étant cette réalisation de l'éros dans l'amour entre les sexes.

Les Grecs essayaient d'expliquer l'attrait entre l'homme et la femme par un mythe selon lequel l'homme, originellement unique, androgyne, fut partagé en deux moitiés, l'une féminine, l'autre masculine, de sorte que ces deux moitiés cherchent, avec une force primitive, à reconstituer l'unité originelle.

Dans le récit de la Genèse, la femme est faite à partir d'une côte tirée de l'homme, et Dieu la donne à ce dernier comme compagne et aide.

Il est certain que l'homme et la femme sont, de part leur constitution physiologique et psychologique, ouverts et complémentaires l'un pour l'autre. On retrouve cette complémentarité dans d'autres traditions cosmogoniques, comme par exemple le Yin et le Yang, qui précise en outre, que rien n'est tout à fait Yin ou Yang et que chacun possède une "trace" de l'autre, renforçant ainsi cet entrelassement complémentaire.

L'union entre les sexes englobe l'homme tout entier et apporte une profonde béatitude. C'est pourquoi la plupart des hommes sont conduits à réaliser l'éros sous la forme de l'amour sexuel. Les deux personnes, désirant vaincre la solitude -solitude que nous portons tous en nous pour autant que nous sommes des individus libres-, peuvent prendre part à une relation où, surtout au moment de l'union sexuelle, chacun expérimente un partage profond au niveau de l'être -avant de se retrouver seul, peut-être plus seul que jamais. L'union sexuelle contient une promesse qu'à elle seule elle ne peut remplir. Son désir dépasse l'homme.

 

MASCULIN / FEMININ

Mais l'ancienne conception de l'homme androgyne touche à une autre vérité. Chaque personne, homme ou femme, a des caractéristiques masculines et féminines, bien que dans des proportions variables. (symbole du Yin/Yang). Ici, il faut faire une distinction entre le fait d'être homme ou d'être femme, déterminé par une différenciation au niveau biologique et physiologique, et notre masculinité-féminité, lesquels sont des stéréotypes culturels : des qualités que la culture ambiante attribue de préférence à l'homme ou à la femme. Ainsi attribue-t-on à l'homme force, agressivité, initiative, affirmation de soi, pensée objective, etc...à la femme tendresse, chaleur, intuition, sensibilité, patience, sympathie, pensée subjective, dons artistiques, etc...

Ces attributions sont très influencées par des données historiques, sociologiques et culturelles, de moins en moins acceptées de nos jours et remises en question tant par les hommes que par les femmes. C'est un fait. Le plein épanouissement de la personne humaine est recherché au-delà et  doit posséder toutes les qualités, "masculines"et "féminines", en quelque mesure; ce processus est décrit comme l'intégration de l'animus (principe masculin) et de l'anima (principe féminin) dans la totalité de la personnalité.

Celà est aussi vrai pour la contemplation. Le regard contemplatif sur des êtres et des personnes requièrent totalement l'intuition, la sensibilité, la tendresse, et la capacité d'une certaine passivité active que notre nature d'homme contient.

Par ailleurs, n'acceptons pas un image de l'homme préfabriquée par une culture coupée de beaucoup de ses sources profondes. Je ne sais pas par avance ce que c'est qu'être homme. Je découvre mon "être-homme" peu à peu, face à la vie et la mort, face aux autres personnes, face à la femme (une étape essentielle), et en fin de compte face au Divin.

 

LA FACE OBSCURE DE L'EROS

Pour les Grecs, l'éros était un démon : non au sens actuel d'esprit maléfique, mais comme démiurge, situé à mi-chemin entre l'humain et le divin, pouvant être bon ou mauvais pour l'homme, source d'immenses richesses, mais aussi risquant de détruire l'homme par sa puissance mystérieuse.

Car l'éros -le désir- plonge ses racines dans les profondeurs obscures du créé et, comme la vie elle-même, ne se réduit nullement à nos idées et à notre compréhension. Au contraire, il est capable de déferler sur l'homme et de renverser toutes ses résistances, se moquant du raisonnable et du sage.

L'éros inscrit dans le rythme du corps la soif métaphysique de l'autre : dilection incarnée. Elle vient du fond des âges, de l'origine même de la vie, lourde de l'histoire multiséculaire de l'humanité. Elle informe notre imaginaire, nos rêves, de ses formes, de ses archétypes, de ses mythes. Le désir le plus haut de l'esprit s'incarne dans la chair, pour ainsi dire, directement, sans passer par la médiation de l'intelligence claire.

Le corps est son lieu, son signe. Tout celà se condense dans la rencontre avec l'être aimé.

La sourde voix de la nature incoercible se fait entendre dans la passion des amants. L'acte charnel est un abandon, une extase, une sorte de mort. Chez certains animaux inférieurs, le mâle meurt dans l'acte de copulation. La vie naît de la mort, de la perte de soi. La mort et l'amour s'appellent mystérieusement.

La joie la plus intense s'accompagne, avec la même intensité, de la conscience de l'imminence de la mort. Il semble que l'une n'est pas possible sans l'autre. dans ce feu, l'homme, sorti de lui-même, ne possède plus aucune garantie de sécurité en lui-même. Cette loi de l'amour se vérifie aussi dans l'expérience mystique. Au fait, nous serait-il possible d'aimer, dans le sens le plus profond du mot, si nous n'étions pas mortels ? Sans le tragique de la mort inéluctable de l'aimé, et de notre mort ? Pouvons nous concevoir un amour sans souffrance, sans parfois, soif de souffrance, de sacrifice ?

Plus mystérieusement encore, y a t-il amour sans haine dans quelque recoin secret du coeur ?  La passion, au moins, éros dans son expression la plus "démoniaque" (au sens grec) mène parfois à la destruction de celui qu'elle investit.

L'amour passionnel pousse l'homme et la femme l'un vers l'autre avec une force primitive et aveugle. C'est seulement par une dure lutte pour incorporer la passion dans l'ensemble de l'amour, pour l'informer par l'amour d'amitié, basé sur la perception de la valeur spirituelle de la personne de l'aimé(e), que l'éros devient un amour humain et libre. Il faut que l'homme soit suffisamment capable de dominer son désir pour ne pas lui être soumis. Par là, l'éros n'est ni diminué ni écrasé; au contraire, il est libéré pour être conduit à son achèvement. L'éros nous influence de deux façons. Il est une force instinctuelle du désir, aveugle, non libre, prépersonnelle, parfois destructrice, qui nous pousse avec violence. Il est aussi l'attrait souverain des valeurs qui nous transcendent : le beau, le bien, l'amitié, le sacrifice, la vérité, qui nous attirent et nous font nous transcender vers ce qui est au-dessus de nous ; vers le Divin lui-même. Cet attrait éveille ce qui est le plus profond en nous ; notre réponse est l'oeuvre d'une perception spirituelle et fonction de notre liberté. Pour que ce soit possible, il faut que la force instinctive soit informée et ordonnée, dans la mesure du possible par notre liberté perceptive. L'éros, ainsi libéré, peut aller, paradoxalement, jusqu'au renoncement par amour, pour un plus grand amour. Le désir peut être vierge tout en brûlant de sa flamme la plus pure et la plus vraie.

 

Avant de quitter l'éros, ressaisissons d'un seul regard l'ampleur de son champ, du fond obscur prépersonnel de l'homme, à travers l'attrait et la création de la beauté, la rencontre entre des personnes, l'amour sexuel, et jusqu'à l'amour mystique de Dieu. L'élan de l'amour de désir ne meurt jamais, car il cherche, en vérité, non pas sa satisfaction mais sa propre intensification. " Qui me boira, aura toujours soif " (Si 24,29). Seule une source intarissable, infinie, peut désaltérer sa soif illimitée.

 

(larges extraits de "Le bonheur d'être chaste" par "un Chartreux" (Presses de la Renaissance, 2004). 

En parallèle avec ce texte, on peut chercher dans l'exposé  de Julius Evola le développement de données dites "traditionnelles" . Il serait inappropriée de les qualifiées "d'évoliennes" car ces doctrines existent sans Evola. Le mérite d'Evola fut de les commenter ou les interprêter pour nos mentalités modernes, les proposer à notre réflexion dans une époque où tous les repères sont brouillés. (Panséxualisme, psychologisme, matérialisme biologique, etc...). Un choix de textes sera sans doute proposé plus tard sur ce blog mais il est utile de rappeler la principale référence "évolienne" sur le sujet : "Métaphysique du Sexe" (plutôt la dernière édition chez "l'Age d'Homme" , qui contient des appendices inédits par rapport à la précédente édition "Payot" ).
En dehors du point de vue d'un auteur catholique cité plus haut, je rappelle la référence "orthodoxe" (Costa de Beauregard) mise en lien sur ce blog.
D'autres références sont bien-sûr importantes sur la question... depuis le Banquet de Platon jusqu'aux dernières études de l'anthropologie. L'opportunité d'y recourir se présentera ou pas....je ne suis pas un blog spécialisé sur la question. Je préfère aujourd'hui l'abord littéraire et autobiographique. J'aurais donc sans doute l'occasion de vous parler d'un essai d'André Fraigneau sur la sexualité humaine.

 

 

 

 

Par Christocentrix - Publié dans : Philia & Eros
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Samedi 14 novembre 2009
Par Christocentrix - Publié dans : Résistance & dissidence
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Vendredi 13 novembre 2009

 

Ernest PSICHARI (1883-1914)

Jeune écrivain mort parmi les premiers officiers de la Grande Guerre (un des représentants de cette génération de la revanche décimée en 14-18) Psichari est une figure étonnante et paradoxale des milieux intellectuels du début de XXème siècle. Petit-fils d'Ernest Renan, fils du fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme pendant l'affaire Dreyfus; issu d'un milieu irreligieux et anti-militariste il grandit dans le monde qui enfanta l'intelligentsia de gauche. Pourtant il fera partie de ces jeunes brillants intellectuels convertis ou revenus à la religion catholique après une grave crise morale comme Claudel, Péguy, Maritain, et bien d'autres...

Né à Paris, où il fera ses études et obtiendra sa licence de Lettres en 1903, sa jeunesse se formera dans une atmosphère familiale totalement agnostique, teintée du socialisme utopique de l'époque. Très jeune, avec son père et Jacques Maritain, il participe activement aux universités populaires et milite en faveur de Dreyfus.

En 1903, après une maladie et semble-t-il une déception amoureuse, il traverse une crise intérieure et abandonne la vie facile qu'il menait dans une famille aisée et connaît une période d'errance, de misère et de faim. Il décide de s'engager dans l'Armée où il trouve le cadre de vie rigide et la discipline qu'il souhaitait ainsi que l'activité physique et l'idéal d'ordre et d'autorité qu'il recherchait après cette évolution. Il participe au projet d'expédition au Congo préparé par le Commandant Lenfant, colonial expérimenté. En 1906, il est versé dans l'artillerie coloniale comme maréchal des logis de l'expédition du Cdt Lenfant dans le Haut-Logone (Congo français) et au sud du Tchad. (découverte des grandes sources du centre africain). De retour en France en 1908, il publie les souvenirs de sa mission dans un premier ouvrage : Terres de soleil et de sommeil qui lui vaut un prix de l'Académie française. (Ce n'est qu'en 1948 que seront édités ses Carnets de route pour cette même période). Médaillé militaire et sous-lieutenant en 1909, tout en s'attachant à ses fonctions d'officier, il commence à rassembler les éléments de l'Appel aux armes, à la fois roman autobiographique et méditation sur l'état militaire (qui ne sera publié qu'en 1913). Envoyé en Mauritanie en 1910, il participe à la pacification de l'Adrar en prenant le commandement d'un peloton méhariste et nomadise jusqu'à fin 1912. Durant ce séjour au désert, il approfondit ses réflexions morales puis religieuses sur le Christianisme face à l'Islam. Il y acquiert la foi catholique. Sa vie nomade et son évolution spirituelle sont relatées dans le Voyage du Centurion (qui paraîtra en 1915, après sa mort) ainsi que dans Les Voix qui crient dans le désert (paru en 1920). En 1913, Psichari se convertit et reçoit le baptème catholique. Peu après, il est admis dans le tiers-ordre dominicain. Réaffecté au 2ème Rgt d'artillerie à Cherbourg sous les ordres du Colonel Lenfant, il y termine ses écrits.

 

Mobilisé en première ligne dès le début de la Guerre, il y fera le sacrifice de sa vie, le 22 août 1914. Ses écrits qui paraîtront après sa mort, qui sont une contribution à l'histoire coloniale française, relatent aussi le dernier cheminement de sa conscience religieuse et de sa réponse à l'appel de la grâce. Il y avait écrit qu'il considérait que sa mission était de racheter la France par le sang et évoqué son désir de mourir pour la patrie. La dimension religieuse est décisive dans ce désir de sacrifice.

Droiture, devoir, patriotisme, honneur, piété et pour finir sacrifice, Psichari a été tout celà. Sa mort prématurée lui conserve une éternelle jeunesse et sa vie s'offre en exemple. Sa mort marque son entrée dans le patrimoine historique de la France où il occupe une place de choix. Elle inaugure une nouvelle mythologie de la mort : celle-ci devenant le moment privilégié de l'héroïsme. Dans le cas du Lieutenant Psichari, cet héroïsme découle de deux sources intimement mêlées, celle de la gloire militaire et du sacrifice chrétien.

 

 

 

Bibliographie de l'auteur :

-Terres de soleil et de sommeil. (1908)

-l'Appel des armes. (1913)

-le Voyage du Centurion. (1916)

-les Voix qui crient dans le désert. (1920)

-Lettres du Centurion. (Correspondance publiée en 1933)

-Carnets de route. (publiés dans un des 3 volumes d'une réédition des Oeuvres complètes de Psichari aux éditions Louis Connard, 1948.)  (Réédité recemment aux éditions l'Harmattan  : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=25640

 

Bibliographie sommaire à propos d'Ernest Psichari :

-MASSIS (Henri) : Vie de Ernest Psichari (1916). Notre ami Psichari. (1936).

-DANIEL-ROPS : Psichari. (1922)

-PSICHARI (Henriette) : Ernest Psichari, mon frêre. (1933)

-GOICHON (A.M) : Ernest Psichari ; documents inédits. (1933)

-CHEVALIER (Irénée) : la Vocation de Psichari. (1937)

-LAUZIERE (A) : le Lieutenant Psichari. (s.d)

-DELHAYE (Philippe) : Ernest Psichari, soldat chrétien. (1944)

-QUINARD (Claude): Psichari, soldat d'Afrique (1944)

-PEYRADE (Jean) : Psichari, maître de grandeur. (1947)

-PEDECH (Paul) : Ernest Psichari ou les chemins de la grâce.(Téqui, 1988).

-NEAU-DUFOUR (Frédérique) : Ernest Psichari, l'ordre et l'errance. (Cerf, 2001). avec une bibliographie très détaillée. (revues, archives, thèses...).

-MOUTOUH (Hugues) : Ernest Psichari, l'aventure et la grâce. (éditions du Rocher, 2007). ( avec bibliographie détaillée).

Par Christocentrix - Publié dans : Sang de France et âmes de feu
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Vendredi 13 novembre 2009
"Sois de ton temps jeune homme - car on n'est pas de tous les temps, si l'on n'a pas d'abord été de son époque".

"Non, non - n'être jamais parmi ceux qui haïssent. Tâcher d'être plutôt parmi ceux que l'on hait - on n'y est en meilleure compagnie".

"Ce n'est pas assez que de dire à l'enfant : -Songe à ton avenir. Il faut lui dire encore : -prépare ton passé !".

"Qu'il accède au pouvoir - je n'en serais pas surpris. Il a quelques atouts dans son jeu, et même il se pourrait qu'il devînt populaire - mais je doute qu'il ait jamais pour lui la minorité"





















































mais c'est qu'il en prend de la place ce petit !



"Certes il y avait à Drancy le dessus du panier à salade - mais il faut avouer que tous n'étaient pas dignes de ce qu'il leur arrivait".

"Tandis qu'ils me palpaient -ceux qui m'ont arrêté - je me suis fait le serment d'être le spectateur des évènements qui allaient se produire.
Je n'ai pas l'habitude de jouer dans les pièces des autres."


Guitry et les femmes:

"Tu as un charme irrésistible - en ton absence - et tu laisses un souvenir que ton retour efface".

"J'imagine un cocu disant : - ce qui m'exaspère, c'est que ce monsieur sait maintenant de quoi je me contentais ! "

"A l'égard de celui qui vous prend votre femme, il n'est de pire vengeance que de la lui laisser". 

 
"Si la femme était bonne, Dieu en aurait une".

"Qu'est-ce que çà peut fiche qu'il ait une jolie femme ! Entre hommes on ne se complimente que sur ses maîtresses".

"-Tu m'a trompée avec cette femme!
 - Je te trahis bien davantage quand je suis seul "


Par Christocentrix - Publié dans : Littérature & Poésie
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